Introduction
Publier, c’est aussi choisir une langue et un support. Ces choix, souvent présentés comme techniques, dessinent une géographie des savoirs : certaines langues et certains éditeurs occupent le centre, d’autres la périphérie. Cet article propose de lire cette géographie comme un rapport de puissance.
1. Une langue dominante
Les travaux réunis par Ammon (2001) puis l’analyse de Hamel (2007) montrent la place croissante de l’anglais dans la littérature scientifique internationale. Cette domination présente des avantages de communication, mais elle fait peser un coût inégal sur les chercheurs selon leur langue première et peut appauvrir la diversité des approches.
2. Une édition concentrée
Larivière, Haustein et Mongeon (2015) ont mis en évidence la part considérable des articles publiés par un petit nombre de grands éditeurs. La valeur symbolique des revues, leur indexation et leurs modèles économiques deviennent alors des leviers d’influence.
3. Ce que change la science ouverte
Le mouvement de la science ouverte promet un accès plus large aux publications. L’Initiative d’Helsinki sur le multilinguisme dans la communication savante (2019) rappelle qu’ouverture et diversité linguistique doivent aller de pair : un savoir librement accessible mais publié dans une seule langue reste partiellement fermé.
4. Pistes pour les revues francophones et plurilingues
Les travaux réunis par Curry et Lillis (2018) invitent à considérer les revues comme des acteurs de politique linguistique. Publier des résumés dans plusieurs langues, soigner les métadonnées et accueillir des contributions en français comme en anglais sont autant de moyens de concilier visibilité internationale et pluralité des langues.
Conclusion
La géopolitique des savoirs ne se joue pas seulement entre États : elle passe aussi par les choix quotidiens des revues. Une revue plurilingue en accès ouvert est, à sa mesure, un instrument de rééquilibrage.
Références
- Ammon, U. (Éd.). (2001). The dominance of English as a language of science: Effects on other languages and language communities. Mouton de Gruyter.
- Curry, M. J., & Lillis, T. (Éds.). (2018). Global academic publishing: Policies, perspectives and pedagogies. Multilingual Matters.
- Hamel, R. E. (2007). The dominance of English in the international scientific periodical literature and the future of language use in science. AILA Review, 20, 53–71.
- Initiative d’Helsinki sur le multilinguisme dans la communication savante. (2019). Helsinki Initiative on Multilingualism in Scholarly Communication.
- Larivière, V., Haustein, S., & Mongeon, P. (2015). The oligopoly of academic publishers in the digital era. PLoS ONE, 10(6), e0127502.