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Revue Internationale des Langues et du Management Interculturel et Stratégique Vol. 1, n° 1 (2025) p. 1–18

Article de recherche original Accès libre

Plurilinguisme et coordination des équipes multiculturelles

Une lecture sociolinguistique du travail en entreprise

  1. Laboratoire fictif « Langues, sociétés et organisations »
  2. Laboratoire fictif « Management interculturel »

* Auteur correspondant

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Résumé

Les entreprises qui réunissent des collaborateurs de plusieurs pays adoptent souvent une langue commune de travail. Cet article propose une lecture sociolinguistique de ce choix. En mobilisant la notion de marché linguistique et les travaux consacrés à la langue dans l'entreprise internationale, il montre que la langue commune facilite la coordination formelle mais redistribue aussi la parole, la confiance et l'influence au sein des équipes. L'article propose une grille d'analyse en trois dimensions — accès à l'information, légitimité de la parole, coût cognitif — destinée à aider les managers à repérer les effets invisibles du choix linguistique.

Mots-clés : équipes multiculturelles ; langue de travail ; plurilinguisme ; sociolinguistique

Abstract

Companies that bring together employees from several countries often adopt a common working language. This article offers a sociolinguistic reading of that choice. Drawing on the notion of linguistic market and on research on language in international business, it argues that a common language eases formal coordination but also redistributes voice, trust and influence within teams. The article proposes a three-dimensional analytical grid — access to information, legitimacy of speech, cognitive cost — to help managers identify the hidden effects of language choices.

Keywords: multilingualism; multicultural teams; working language; sociolinguistics

Introduction

Dans une équipe composée de collaborateurs venus de plusieurs pays, la question « dans quelle langue travaillons-nous ? » paraît d’abord technique. Elle est pourtant au cœur de la vie collective : elle décide de qui comprend vite, de qui ose intervenir en réunion et de qui porte les décisions. Cet article propose de relire ce choix à la lumière de la sociolinguistique.

1. La langue comme marché

Bourdieu (1982) a montré que les échanges linguistiques fonctionnent comme un marché où certaines manières de parler valent davantage que d’autres. Transposée à l’entreprise, cette idée éclaire un phénomène bien connu des managers : l’aisance dans la langue commune devient une ressource, qui ne se confond pas avec la compétence professionnelle. Les travaux sur la langue dans l’entreprise internationale (Marschan-Piekkari, Welch et Welch, 1999 ; Piekkari, Welch et Welch, 2014) décrivent ainsi des circuits d’information parallèles qui se forment autour des collaborateurs les plus à l’aise linguistiquement.

2. Ce que la langue commune facilite

Une langue commune réduit les coûts de traduction, harmonise les documents et rend possible une coordination à grande échelle. Neeley (2017) souligne qu’elle peut aussi renforcer un sentiment d’appartenance globale lorsque son adoption est accompagnée et expliquée.

3. Ce que la langue commune déplace

Le même choix déplace la parole. Les locuteurs moins assurés interviennent moins, se replient sur l’écrit ou sur des échanges informels dans leur langue d’origine. La confiance se construit alors en sous-groupes. Ces effets ne relèvent pas d’une mauvaise volonté : ils découlent mécaniquement de l’inégalité des ressources linguistiques.

4. Une grille d’analyse en trois dimensions

Nous proposons d’examiner toute politique de langue de travail selon trois dimensions : l’accès à l’information (qui reçoit quoi, et dans quelle langue ?), la légitimité de la parole (qui ose contredire, proposer, décider ?) et le coût cognitif (quel effort supplémentaire la langue impose-t-elle à chacun ?). Croiser ces dimensions permet d’identifier les moments où un accompagnement — interprétation ponctuelle, documents bilingues, rotation de l’animation des réunions — est le plus utile.

Conclusion

La langue commune n’est ni une solution neutre ni un obstacle à combattre. C’est un dispositif de pouvoir qu’il convient de piloter. La grille proposée ouvre la voie à des études empiriques comparées, que de futurs travaux pourront mener dans différents secteurs.

Références

  • Bourdieu, P. (1982). Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques. Fayard.
  • Marschan-Piekkari, R., Welch, D., & Welch, L. (1999). In the shadow: the impact of language on structure, power and communication in the multinational. International Business Review, 8(4), 421–440.
  • Neeley, T. (2017). The Language of Global Success. Princeton University Press.
  • Piekkari, R., Welch, D. E., & Welch, L. S. (2014). Language in International Business. Edward Elgar.

Informations complémentaires

Disponibilité des données

Article conceptuel de démonstration : aucune donnée empirique n’a été collectée.

Comment citer cet article

Norme APA (7e édition)

Ndzana-Etoga, M., & Delvaux, H. (2025). Plurilinguisme et coordination des équipes multiculturelles : Une lecture sociolinguistique du travail en entreprise. Revue Internationale des Langues et du Management Interculturel et Stratégique, 1(1), 1–18. https://rilmis.fr/articles/plurilinguisme-et-coordination-des-equipes-multiculturelles/

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