Introduction
Lorsqu’une entreprise négocie avec un partenaire étranger, la traduction est souvent confiée au dernier moment à un prestataire. Cette pratique repose sur une idée implicite : traduire serait reproduire fidèlement un sens déjà fixé. La traductologie montre au contraire que toute traduction est un choix (Venuti, 1995). Dans une négociation, ces choix ont des conséquences économiques.
1. Le niveau des termes
Un même mot peut engager différemment selon les langues et les systèmes juridiques. « Garantie », « délai de rigueur » ou « meilleurs efforts » ne recouvrent pas les mêmes obligations d’un pays à l’autre. Le travail terminologique préalable — constituer un glossaire partagé, valider les équivalences avec les juristes — réduit les malentendus coûteux au moment de la rédaction du contrat.
2. Le niveau de l’implicite
Hall (1976) distingue les cultures de communication à contexte fort, où beaucoup de sens reste implicite, et celles à contexte faible, où tout doit être explicité. Le traducteur ou l’interprète se trouve à la jonction de ces deux régimes. Selon qu’il explicite ou non ce qui reste sous-entendu, il modifie la perception de la fermeté ou de la souplesse d’une position (Ladmiral et Lipiansky, 1989).
3. Le niveau du rythme
L’interprétation consécutive allonge les échanges et offre des temps de réflexion ; l’interprétation simultanée accélère le dialogue. Les modèles de l’effort cognitif de l’interprète (Gile, 1995) rappellent que la qualité de la restitution dépend aussi des conditions de travail. Choisir un mode d’interprétation, c’est donc choisir un tempo de négociation.
4. Recommandations
- associer traducteurs et interprètes à la préparation, et non seulement à l’exécution ;
- établir un glossaire bilingue validé avant la première séance ;
- convenir à l’avance du mode d’interprétation selon les moments clés ;
- prévoir une relecture croisée des versions linguistiques du contrat.
Conclusion
Considérer la traduction comme un instrument stratégique ne signifie pas l’instrumentaliser, mais reconnaître sa place dans la construction de l’accord. Cette perspective invite à de futures recherches sur la professionnalisation de la fonction linguistique dans les directions commerciales internationales.
Références
- Gile, D. (1995). Basic Concepts and Models for Interpreter and Translator Training. John Benjamins.
- Hall, E. T. (1976). Beyond Culture. Anchor Press/Doubleday.
- Ladmiral, J.-R., & Lipiansky, E. M. (1989). La communication interculturelle. Armand Colin.
- Venuti, L. (1995). The Translator’s Invisibility. Routledge.